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Glyphosate … sur la sellette ou pas ?

Une nouvelle procédure d’approbation du glyphosate par l’Union Européenne est en cours, l’actuelle autorisation expirant en décembre 2022. Ainsi, le 15 juin dernier une première étape dans cette procédure a été franchie avec le dépôt d’un pré-rapport auprès des autorités compétentes1. Selon les premières données disponibles, il indique que la classification du glyphosate comme « toxique » pour l’Homme serait injustifiée et que des données manquent encore pour se prononcer au sujet de son impact sur la vie aquatique.

 

Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est une molécule ayant un effet herbicide qui entre dans la composition de plusieurs produits phytopharmaceutiques. Le glyphosate présente l’intérêt d’être simple d’utilisation, d’avoir un large spectre d’action et d’être peu coûteux. Ces trois arguments font de ce produit l’herbicide encore aujourd’hui le plus utilisé en France et dans le monde.

 

Quelle est la position de la France au sujet du glyphosate ?

En 2017, la France était encore parmi les pays européens les plus gros consommateurs de glyphosate2.

La même année, le gouvernement lance un plan national de sortie du glyphosate. Enfin « sortie »… pas complète… puisque l’objectif est de diminuer son utilisation de 50% d’ici 2022, « sans laisser aucun agriculteur sans solution »3.

De fait, pour accompagner les agriculteurs dans cette transition, l’Anses a procédé à l’évaluation d’alternatives non chimiques pour les principales utilisations des produits contenant du glyphosate4. Les quatre grands domaines concernés sont : la viticulture, l’arboriculture fruitière, les grandes cultures (céréales, colza, tournesol,…) et la forêt. Ainsi, pour chacun de ces domaines l’Anses fait état de certaines interdictions d’utilisation et d’alternatives (maintien de l’herbe ou désherbage mécanique). Elle encadre également l’utilisation autorisée et précise la dose annuelle maximale autorisée.

 

Retour sur quelques dates clés4

  • Mars 2015 : le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) classe le glyphosate comme cancérogène « probable pour l’Homme»
  • Décembre 2017 : le glyphosate est ré-approuvé par l’Union européenne pour 5 ans, soit jusqu’en décembre 2022
  • Juin 2018 : la France met en place un plan d’actions pour sortir du glyphosate
  • Janvier 2019: les particuliers n’ont plus l’autorisation d’acheter, d’utiliser ou de stocker des produits phytosanitaires à l’exception des produits à faible risque ou autorisés en production biologique

 

Où en est-on dans la procédure d’approbation du glyphosate par l’UE ?

La législation de l’Union Européenne sur les pesticides exige une révision périodique de leur approbation. L’utilisation actuelle est valable jusqu’en décembre 2022.

Les industriels se sont regroupés au sein d’un consortium, le GRG (Glyphosate Renewal Group) pour constituer un dossier de nouvelle demande d’approbation du glyphosate par l’UE.

Ce consortium a compilé de très nombreuses données scientifiques dans un dossier soumis au Groupe d’évaluation du glyphosate (AGG) constitué de 4 États membres évaluateurs (France, Hongrie, Suède et Pays-Bas). Puis, l’AGG a préparé un pré-rapport et l’a soumis le 15 juin dernier pour avis à l’EFSA (l’Autorité européenne de la sécurité des aliments) et l’ECHA (l’Agence européenne des produits chimiques). Ces deux Autorités doivent maintenant l’examiner et exprimer leurs opinions.

 

Que dit le pré-rapport transmis ?

Étonnamment, ce pré-rapport est particulièrement conséquent. Il compte 11 000 pages, soit deux fois plus que pour l’évaluation habituelle d’une substance active au niveau de l’EU. Selon les premiers éléments disponibles, le glyphosate répondrait aux critères définis par la réglementation européenne en matihttps://ec.europa.eu/food/plants/pesticides/approval-active-substances/renewal-approval/glyphosate/assessment-group_fr.ère de santé humaine. De fait, sur la base des données présentées, le groupe d’évaluation a estimé que la classification du glyphosate comme agent mutagène, cancérogène, perturbateur endocrinien, ainsi que comme agent toxique pour la reproduction, toxique pour certains organes cibles (après exposition unique ou répétée) n’est pas justifiée.

En revanche, l’AGG propose de maintenir la classification du glyphosate comme agent qui « provoque des lésions oculaires graves ». Par ailleurs, par manque de données suffisantes, le groupe évaluateur indique que la classification du glyphosate comme agent « toxique pour la vie aquatique avec effets à long terme » doit être conservée.

Quoi qu’il en soit, les premières données issues de cette procédure d’approbation du glyphosate divergent avec l’avis de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et du Centre International de Recherche sur le Cancer (Circ), qui en 2015 ont inscrit le glyphosate sur la liste des substances cancérigènes probables.

 

La fin de la partie n’a pas sonné…

En effet, en septembre prochain, le rapport sera rendu public. Il s’agit d’une étape importante qui permettra à tous ceux qui le souhaitent de pouvoir s’exprimer. Les autorités européennes compileront alors ces commentaires pour éventuellement réclamer des données complémentaires auprès du consortium d’industriels qui est à l’initiative de cette nouvelle demande d’approbation du glyphosate.

 

Affaire à suivre…

 

Références

1- https://www.anses.fr/fr/node/149825

2- Antier C et al. A survey on the uses of glyphosate in European countries. May 2020. DOI:15454/A30K-D531. https://www.researchgate.net/publication/344180030_A_survey_on_the_uses_of_glyphosate_in_European_countries

3- https://agriculture.gouv.fr/sortir-du-glyphosate

4- https://www.anses.fr/fr/content/glyphosate-point-sur-les-évaluations-conduites-par-lanses

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