Alimentation du père avant la conception et risque d’obésité chez l’enfant

Un problème d’épigénétique

 

L’alimentation du père avant la conception, aurait tout comme l’alimentation de la mère avant et durant la grossesse un impact sur la santé de l’enfant.

La génétique permet d’expliquer la transmission d’un certain nombre de caractéristiques d’une génération à l’autre par les gènes. Or, la lecture de ces gènes peut être modifiée par des facteurs environnementaux, c’est ce que l’on appelle l’épigénétique. L’alimentation représente l’un des facteurs environnementaux qui peut impacter la lecture de nos gènes et donc modifier nos caractéristiques biologiques. L’épigénétique a fait l’objet de très nombreuses études depuis plusieurs décennies.

« Depuis les années 90, de nombreux travaux ont démontré l’impact de l’alimentation de la mère sur le devenir métabolique de la descendance. Plus récemment, les travaux mentionnés dans l’article présenté ici attirent l’attention sur le rôle de l’alimentation du père dans la programmation métabolique de la descendance et identifient en partie les mécanismes moléculaires impliqués, relevant de l’épigénétique. » Lourdes MOUNIEN, Chercheur au centre de recherche cardiovasculaire et nutrition (C2VN), Marseille.

Que sait-on de l’influence de l’alimentation du père sur le risque d’obésité chez l’enfant ?

 

Ces dernières années, plusieurs études scientifiques ont montré que certaines marques épigénétiques étaient susceptibles de passer d’une génération à la suivante. En 2010, une étude sur modèle animal a montré qu’une alimentation riche en graisse chez un rat mâle exposait sa descendance à une altération de la sensibilité des cellules à l’insuline et de la tolérance au glucose (1). Ces deux phénomènes favorisent le développement du diabète de type 2. Ces résultats ont ensuite été confirmés plusieurs fois et il a même été démontré que ces altérations pouvaient perdurer pendant au moins deux générations (2). Certes, les données chez l’Homme sont encore rares, une étude a cependant mis en évidence une relation entre, déséquilibre alimentaire chez le père, indice de masse corporelle (IMC) du père et présence d’un IMC élevé chez l’enfant même au-delà de 20 ans (3).

Ainsi, la vie commence bien avant la naissance, et même bien avant la conception…

« L’immense majorité des travaux réalisés dans ce champ de recherche en plein essor, portent majoritairement sur l’impact de l’obésité et de la surcharge lipidique. Il serait également pertinent d’explorer, d’un point de vue épidémiologique et mécanistique, les conséquences d’insuffisances ou de surcharges en nombreux autres macro et micronutriments dans l’alimentation paternelle. Ainsi, ces travaux attribuent aux pères de nouvelles responsabilités relatives au bien-être et à la santé de leur future progéniture, et ceci très en amont de la conception. » Jean-François LANDRIER, Directeur de recherche au centre de recherche cardiovasculaire et nutrition (C2VN), Marseille. 

Références :

1-Ng et al. Chronic high-fat diet in fathers programs beta-cell dysfunction in femal rat offspring. Nature 2010 ; 467:963-6.
2-Fullston T et al. Paternal obesity induces metabolic and sperm disturbances in mal offspring that are exacerbated by their exposure to an “obesogenic” diet. Physiol Rep 2015;3(3).
3-Zalbahar N et al. Parental pre-pregnancy BMI influences on offspring BMI and waist circumference at 21 years. Aust N Z J Public Health 2016;40:572-8.

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